Une économie solidaire
pour l'industrie

Une économie solidaire pour l’industrie

LETTRE OUVERTE À :

  • M. Nicolas SARKOZY, PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE
  • M. François FILLON, Premier Ministre
  • M. François BAROIN, Ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique
  • M. Xavier BERTRAND, Ministre du Travail, de l’Emploi et de la santé
  • Mme Christine LAGARDE, Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie
  • M. Eric BESSON, Ministre en charge de l’Industrie, de l’Energie et de l’Economie numérique
  • M. Frédéric LEFEBVRE, Secrétaire d’Etat en charge du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises

Ainsi qu’à tous les Députés et à tous les représentants élus de la Nation.

Réflexions et constats d’un entrepreneur de l’industrie mécanique française

Depuis plus de deux ans, une crise financière internationale a engendré une crise économique sans précédent, celle-ci malheureusement n’est pas encore terminée. De très nombreuses entreprises souffrent de cet état de fait et plus particulièrement maintenant, des entreprises de l’industrie manufacturière de taille inférieure à vingt personnes. On sait que ces dernières représentent environ 80% des entreprises Françaises pour à peu près 2 Millions de salariés. Elles composent un tissu technologique de très haute valeur sur lequel s’appuient les plus grands groupes Français mais aussi étrangers.

À maintes reprises, il est fait des analyses sur leurs fragilités, celles-ci ne possédant pas assez de fonds propres, les résultats en innovation ou en conquête de marchés à l’exportation sont eux aussi bien trop faibles en comparaison de nos voisins Allemands.

Je fais partie de ces dirigeants de petites entreprises à qui il est fait ce genre de reproches. Ces entreprises patrimoniales, dans lesquelles souvent toute une famille est impliquée, ont-elles pu à votre avis, dans le paysage politico-économique de ces trois dernières décennies, se développer ? Non, bien sûr, sinon mes constatations précédentes et futures n’auraient pas lieu d’être. Nos entreprises ont, au fur et à mesure de toutes ces années, dû supporter de plus en plus de charges. Nous ne pouvions pas raisonnablement faire des résultats à deux chiffres comme dans certains secteurs et subvenir à tant de taxes imposées dans l’insouciance démagogique et électoraliste.

Aujourd’hui, quelques français entreprenants payent cash l’irresponsabilité de certains. Je rajouterais que dans une autre mesure, toute aussi inconfortable, leurs salariés aussi.

Depuis 30 ans environ, nos métiers ont été trop dévalorisés. Pourquoi ? Parce qu’il y a plus à gagner certainement en faisant faire aux autres. Le commerce, le service à la personne, le fonctionnariat se sont développés de manière inversement proportionnelle à celui du déclin de l’industrie. L’industrie a perdu 36% de ses effectifs en 30 ans, de 1980 à 2007, 1 900 000 emplois. Dans le même temps, la contribution de l’industrie à la richesse nationale a fondu de 24% à 14% !

On ne peut imaginer se reposer sur le seul axiome qui consiste à dire : à nous d’imaginer de nouveaux produits, aux pays émergents l’action de les réaliser à bas coût. Un pays industriel se doit de produire à l’intérieur de ses frontières. Tout ce qui demande de la réactivité, de la confidentialité ne peut raisonnablement être obtenu en dehors du territoire. Le prototype sera réalisé par des mains de professionnels hautement qualifiés, la production en série devra elle être effectuée par des chaines robotisées, capables, dans ce cas là de rivaliser avec la main d’œuvre des pays à bas salaire, il faut encourager la modernisation de nos ateliers de production.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des défis que nous devons tous relever, si nous réussissions à donner un nouvel et salvateur élan à l’industrie France, je suis certain que la jeunesse de notre pays, dès son plus jeune âge serait alors plus attirée spontanément vers les métiers créateurs de produits. Il y aura alors à nouveau une fierté à travailler dans l’industrie.

À partir de mon expérience

Après plus de deux années de crise, les entreprises fragiles décrites précédemment, sortent des bilans négatifs. Souvent les fonds propres n’existent plus. La cotation Banque de France s’effondre. Les partenaires financiers, déjà frileux par nature vis-à-vis de l’industrie, sont peu enclins à nous aider. Lorsqu’ils le font, leurs propositions financières sont déraisonnables mais incontournables. Exemple vécu : pour 100.000 € empruntés sur cinq ans, taux de la banque 4.75% plus taux OSEO 5.67%, soit un total de 10,42% à cela s’ajoute une obligation de caution solidaire de 25% du chef d’entreprise, demande effectuée par les deux organismes. Il est à noter que ces conditions « offertes », n’ont été possibles, bien sûr, que grâce à un apport de 200.000 € effectué par le chef d’entreprise en capital et en compte courant bloqué sur cinq ans ! Les démarches ont dépassé les six mois, la proposition d’une des deux banques de l’entreprise ne s’est réalisée que par la saisie du médiateur du crédit. Aujourd’hui pour rajouter à la difficulté un banquier, qui nous soutenait depuis plusieurs années par un découvert d’environ 40.000 €, nous demande de ne plus utiliser ce découvert bancaire dans un délai de trois mois. En fin de compte le crédit de trésorerie de 100.000 € obtenu avec beaucoup de difficulté quelques mois auparavant ne vaut plus que 60.000 € ! Toute cette démarche est une logique financière imposée par la hiérarchie de mon gestionnaire de compte. Nos interlocuteurs financiers, même au rang de directeur d’une agence centrale de grande ville, n’ont plus de pouvoir. Ils ne connaissent plus l’entreprise et, même s’ils la connaissaient, cela ne servirait plus à grand-chose. En effet, les banques d’aujourd’hui ne sont plus du tout celles d’il y a dix ou vingt ans, pour les PME-TPE, les décideurs de crédits ne sont plus devant nous, les dossiers étant évalués dans des structures de personnels appelés risqueurs, ces derniers s’appuyant sur du scoring (la solvabilité et le risque de non remboursement sont évalués automatiquement par des aides informatiques et financières).

Il y a urgence pour la sauvegarde de l’industrie manufacturière et de ses emplois. Pour cela, il faut drainer des fonds, de l’épargne en direction des petites structures industrielles, il n’existe à ce jour aucune mesure pour les aider à renforcer leurs fonds propres. Il faut rapprocher les entreprises manufacturières et les entrepreneurs du grand public. Les PMI qui produisent sur le territoire national ont un impératif besoin de renforcer leur structure financière, afin d’être moins dépendantes des institutions financières classiques, mais aussi pour, in fine atteindre des tailles suffisantes.

Elles pourront ainsi se moderniser et sauront répondre à des appels d’offres globaux lancés par les grands groupes français et internationaux. Cette nouvelle donne que j’appelle de mes vœux, permettrait de fédérer directement les citoyens d’une ville, d’un territoire. L’impact sociétal et économique seraient grands, la politique qui consiste à élaborer un projet pour le bien de tous trouverait là tout son sens. De plus, tel ou tel savoir-faire industriel, qui a, durant des décennies, fait la réputation d’une région serait ainsi maintenu.

Proposition

En toute modestie, car non fiscaliste, mais avec la passion qui habite le citoyen industriel français que je suis, je me permets de porter à votre connaissance une réflexion que je souhaiterais voir se transformer en projet de loi et pourquoi pas en loi.

Si j’ai pu apporter la somme de 200 000 €, afin d’encourager mes partenaires financiers à me suivre dans la traversée de la crise, condition obligatoire dans mon cas pour les faire infléchir, je le dois à des membres de ma famille, mais aussi à des amis qui spontanément, me voyant en détresse, m’ont proposé leur aide. Ils m’accordent leur confiance, ils croient en l’homme, en sa parole et en ses analyses. Grâce à eux, j’ai pu faire face à des échéances (la lenteur des banquiers et leurs exigences me tirant plus vers la liquidation). Grâce à eux, mon seul patrimoine et le maintien d’une vingtaine d’emplois sont aujourd’hui certainement sauvegardés. Bien évidemment, il y a eu présentation et étude du dossier, mon respect vis-à-vis de ces personnes devra être sans faille, mon nom et ma parole sont engagés. Ils se sont impliqués beaucoup plus aisément que des professionnels de la finance.

Je pense que mon cas n’est certainement pas un cas isolé en France. Je souhaiterais donc, par la création d’une loi, ou d’une disposition fiscale, que les familles ou les amis qui consentiraient à aider financièrement une entreprise industrielle, puissent le faire par un dispositif simple et rapide. Il serait alors logique qu’ils puissent bénéficier, dans une certaine mesure, de la reconnaissance de la Nation pour service rendu à l’emploi et à la création de richesse.

Par exemple, l’entreprise délivrerait une action ce qui permettrait à ce nouvel actionnaire de posséder un compte courant d’associé, argent bloqué contractuellement pour une certaine durée, lequel aux choix, pourrait ou non rapporter des intérêts soumis à l’impôt. Mais aussi, il pourrait être envisagé, pour créer une dynamique nationale en direction de l’industrie, que ces sommes bloquées au minimum cinq ans puissent bénéficier d’une défiscalisation partielle ou totale. D’une certaine façon, une solidarité nationale serait ainsi reconnue envers ceux qui veulent croire en une entreprise ou en son dirigeant.

Monsieur le Président de la République Française vous avez lancé les Etats Généraux de l’Industrie, vous avez assoupli la loi sur les 35 heures et encouragé les heures supplémentaires par leur défiscalisation, vous avez mis en place la Loi de Modernisation de l’Economie, vous avez enfin fait disparaître cet impôt inique, la taxe professionnelle qui, bien avant la crise actuelle condamnait année après année l’industrie manufacturière française. Nous en voyons tous aujourd’hui les résultats. Vous vous engagez, avec votre gouvernement, dans de nombreuses réformes incontournables pour l’avenir de notre pays. Je tiens à vous en féliciter et à vous en remercier sincèrement, j’attendais cela depuis tant d’années. J’espère que mon humble témoignage et que ma proposition puissent attirer votre attention et celle de mes concitoyens.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président de la République Française, mes sincères salutations et mes plus chaleureux encouragements dans la réussite de votre politique économique et industrielle.

Alain SOWA

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